Le cachemire, comme beaucoup d’autres matériaux fins, est facilement pris pour acquis dans le monde mondialisé et banalisé d’aujourd’hui. Il est généralement facile à trouver et il est plus abordable maintenant qu’il l’a été par le passé. Cependant, cette fibre exceptionnelle vaut une plongée plus profonde, car tant d’informations importantes sont masquées par l’industrie du vêtement que vous devez savoir pour être un consommateur informé.Si vous voulez apprécier l’un des meilleurs tissus au monde, il est bon d’en apprendre un peu plus à ce sujet. L’accessibilité facile du cachemire aujourd’hui démentit le fait qu’il est encore l’un des tissus les plus rares et les plus prisés au monde.
Qu’est-ce que le cachemire ?
Le cachemire désigne les fibres et tissus issus du sous-poil très fin de la chèvre du même nom. Oui, une chèvre. Chaque animal développe un pelage double : une couche extérieure épaisse et grossière, qui recouvre un sous-poil beaucoup plus fin et isolant. Cette ressource étonnamment discrète fournit, en moyenne, à peine 150 grammes de fibres de cachemire par chèvre et par an. Pour un pull, il faut la toison de 2 à 3 chèvres ; une veste nécessite le double. La production mondiale annuelle atteint 15 000 à 20 000 tonnes brutes, mais après traitement, lorsque seuls les poils les plus fins sont conservés, le rendement tombe à seulement 6 500 tonnes.
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La législation américaine, via la Wool Products Labeling Act, fixe des critères stricts pour pouvoir parler de cachemire :
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- Issu exclusivement du sous-poil fin obtenu par épilation de la chèvre en cachemire
- Fibre dont le diamètre moyen ne dépasse pas 19 microns
- Moins de 3 % de fibres dépassant 30 microns en diamètre
Un micron, c’est un millionième de mètre. Pour donner une idée, un cheveu humain mesure environ 100 microns de large, les fibres de cachemire sont donc d’une finesse extrême.
Histoire du cachemire
Le cachemire porte le nom de la région asiatique du Cachemire, territoire aujourd’hui partagé entre l’Inde, la Chine et le Pakistan. Depuis des siècles, cette matière s’est taillée une réputation de luxe réservé aux plus fortunés. Les riches européens se sont arraché les châles à motif paisley importés du Cachemire, au point de déclencher une mode et une forte demande.

La production artisanale de châles remonte au XVe siècle, mais l’industrie s’est réellement structurée avec l’essor du commerce international et de l’industrialisation. Pendant longtemps, les véritables châles en cachemire étaient rares en Europe, poussant les fabricants locaux à utiliser des fibres de substitution pour imiter ce produit d’exception. Les Européens finissent par importer eux-mêmes des chèvres cachemire et à lancer une production sur le continent, notamment en Écosse, qui demeure un pôle majeur du cachemire européen. Les États-Unis découvrent le cachemire à grande échelle en 1947.
Le cachemire est resté cher et rare jusqu’à la libéralisation du commerce en Chine à la fin des années 1970. L’ouverture des marchés a provoqué une augmentation rapide de la production, une baisse des prix… et des conséquences inattendues sur l’environnement. Aujourd’hui, le cachemire s’est démocratisé : on trouve des pulls à moins de 100 €, mais derrière ces prix cassés, la qualité et la durabilité ne sont pas toujours au rendez-vous. Face à cette production de masse, une question se pose : peut-on encore dénicher un cachemire digne de ce nom ?
Le processus de fabrication du cachemire

En Chine, le cachemire est surnommé la « fibre de diamant ». Le pays concentre 70 % de la production mondiale, la Mongolie 20 %, le reste du monde se partage les miettes. Les hivers extrêmes d’Asie centrale poussent les chèvres à développer une toison épaisse : c’est au printemps, lors de la mue, que les fibres les plus fines sont récoltées.
Deux techniques existent pour collecter ce précieux duvet :
- Le peignage manuel, exigeant mais permettant d’obtenir un cachemire plus pur, avec moins de poils grossiers.
- Le cisaillement, qui enlève en même temps le sous-poil et le poil de couverture, donnant un rendement moindre en cachemire de qualité.
Le peignage est privilégié en Chine et en Mongolie, alors que le cisaillement domine au Moyen-Orient, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Une fois les fibres collectées, elles sont triées, lavées, filées puis tordues ensemble pour former un fil à plusieurs brins (« pli »). Plus le nombre de plis est élevé, plus le fil résiste à l’usure, au boulochage et au relâchement.
Cachemire et environnement : les dégâts cachés
La grande majorité du cachemire provient encore d’éleveurs nomades des hauts plateaux d’Asie centrale, principalement en Mongolie. Traditionnellement, ces communautés élèvent une diversité d’animaux : yaks, chevaux, moutons, chameaux et chèvres. Sauf que la chèvre, à la différence des autres, arrache l’herbe à la racine et abîme le sol de ses sabots. Résultat : les prairies se transforment en zones désertiques, le vent emporte la terre, le sable envahit les paysages.
L’explosion de la demande mondiale, à partir des années 1980, a conduit à une multiplication des troupeaux de chèvres, au détriment de l’équilibre écologique. En Mongolie, 65 % des pâturages sont aujourd’hui dégradés. Les tempêtes de poussière se multiplient, affectant la santé et les ressources des populations locales.
Comme pour la plupart des matières naturelles, une consommation débridée du cachemire a des conséquences bien réelles, parfois lointaines, mais lourdes, pour ceux qui vivent de sa production. Si la régulation dépend en partie des États, chaque achat compte : consommer moins, mais mieux, peut permettre d’enrayer les dérives de l’industrie.
Comment reconnaître un cachemire d’exception ?
Plusieurs critères distinguent le cachemire haut de gamme :
- Fibres issues de chèvres peignées
- Production chinoise ou mongole
- Fibres les plus fines (14 à 16,5 microns de diamètre) et les plus longues (jusqu’à 50 mm)
- Fil à nombre de plis élevé pour une meilleure résistance
En comparaison, le cachemire venant d’Iran, d’Afghanistan ou d’autres pays du Moyen-Orient contient des fibres plus épaisses (16,5 à 19 microns) et davantage de poils grossiers, ce qui rend le tissu plus rêche. Les fibres fines et longues garantissent un tissu doux, souple et résistant au boulochage.

Astuces pour acheter un vrai pull en cachemire
L’opacité règne du côté des étiquettes : rares sont les marques à détailler la provenance, le diamètre des fibres, la longueur ou le nombre de plis. Un pull vendu 645 $ chez Neiman Marcus peut n’être étiqueté que « cachemire », sans aucune indication sur la qualité réelle. Même chose chez Macy’s pour un modèle à 99 $. La plupart du temps, si la marque détient un atout qualitatif, elle le met en avant. Sinon… le doute s’impose.
Un pull simplement estampillé « cachemire » mérite une attention particulière. Un prix plancher (environ 100 €) laisse peu de chances d’avoir affaire à la crème du cachemire. Quand c’est possible, privilégiez les informations sur le nombre de plis : plus il est élevé, plus le vêtement tiendra la distance. Un test facile : tirez légèrement sur le tissu. S’il reprend sa forme, le tricot est dense et de belle qualité. Dans le cas contraire, mieux vaut passer son chemin. Autre réflexe : choisir un vendeur qui accepte les retours et ne pas hésiter à en profiter si le vêtement bouloche dès les premiers ports.
Les bonnes pratiques (et les pièges) pour acheter du cachemire
- Méfiez-vous des arguments commerciaux autour de la « jauge ». Cette mesure indique la densité du tricot, mais rien sur la qualité de la fibre. Par exemple, J Crew vante un tricot calibre 14 comme « plus doux et plus léger » : c’est vrai, mais un chiffre bas signifie surtout moins de cachemire et donc un vêtement plus fin, fragile, qui risque de se déformer.
- Ne comptez pas sur les détaillants pour justifier le prix de leurs produits en cachemire. Si la qualité était supérieure, ils le signaleraient.
- Évitez le cachemire à bas prix, souvent jetable. Soutenir une filière plus responsable passe par l’achat de pièces conçues pour durer.
- Privilégiez les classiques intemporels. Un pull à coupe sobre, dans une couleur neutre, traversera les années sans perdre de son intérêt.
- Pensez au coût par utilisation : un pull à 500 € porté chaque hiver pendant dix ans revient à 8,33 € par port. À l’inverse, un modèle à 100 € porté une seule saison coûte bien plus cher à l’usage.
- Préférez le cachemire pour les vêtements qui exploitent au mieux ses qualités : pulls, gilets, robes, écharpes. Pour les pièces soumises à rude épreuve, comme les chaussettes, passez votre chemin.
- Fuyez les mélanges. Parfois, moins de 5 % du produit est réellement du cachemire, et la qualité s’en ressent.
- Songez à choisir du cachemire produit dans des pays à forte tradition : Écosse, Italie, Japon. Ces producteurs historiques ont souvent un vrai souci de réputation, un gage de sérieux, même si ce n’est pas une garantie absolue.
Où trouver du cachemire haut de gamme ?
Même chez les spécialistes, la transparence n’est pas toujours la règle. Lorsqu’une marque indique diamètre, longueur de fibre, nombre de plis et origine géographique, c’est déjà plus que la moyenne. Voici quelques références qui font figure d’exemple.
Le cardigan bleu classique Loro Piana est vendu 1 215 $ : la maison italienne, plus grand producteur mondial, se distingue par un cachemire d’une finesse extrême (14,5 microns pour les chèvres adultes, 13-13,5 microns pour le baby cachemire). Les fibres, venues de Chine et de Mongolie, sont tissées en Italie.
En Écosse, Johnstons of Elgin, entreprise deux fois centenaire, propose des pulls en cachemire tricotés à deux plis, issus de fibres mongoles et chinoises. Les écharpes de Fort Belvedere, elles, combinent douceur, longévité et finitions soignées. Leur cachemire de Mongolie et de Chine mesure 14 à 16,5 microns de diamètre, pour des fibres longues (35 à 50 mm), et les écharpes sont finies au chardon pour une douceur incomparable.
Entretenir le cachemire : mode d’emploi
Un cachemire bien traité traverse les années sans faiblir. Pour le garder intact, limitez les lavages. Évitez absolument le pressing ou le lavage en machine, trop agressifs. Préférez un détergent doux (ou du shampooing pour bébé). Voici comment procéder :
- Remplissez une bassine d’eau tiède (80-85 °C) et ajoutez un peu de savon.
- Faites tourner doucement le vêtement dans l’eau, sans frotter ni étirer.
- Videz et rincez à l’eau claire, répétez l’opération jusqu’à disparition complète du savon.
- Pressez délicatement pour retirer l’excédent d’eau, puis placez le vêtement sur une serviette.
- Si besoin, roulez-le dans une serviette propre pour absorber le reste d’humidité.
- Laissez sécher à plat, sur une grille ou une serviette, à l’abri de la chaleur directe.
Le cachemire, un plaisir qui dure
Le cachemire mérite toute l’admiration dont il bénéficie depuis des siècles. Sa douceur, sa finesse et sa chaleur font de chaque pièce un investissement durable. À chaque hiver, le plaisir de retrouver ce toucher inimitable rappelle pourquoi il reste, pour beaucoup, le tissu à part.
Quelques conseils pour reconnaître un sweat-shirt en cachemire de qualité
Pour sélectionner un sweat-shirt, plusieurs points méritent votre attention, à commencer par la couleur. Découvrez des sweat-shirts blancs de toutes marques si vous cherchez un ton précis. La nature du tissu compte également : le cachemire, rare et recherché, offre un confort incomparable, à condition de savoir reconnaître un modèle de qualité.
Un examen minutieux du tricot vous donnera déjà une première indication. Sur un bon cachemire, la maille est dense, régulière et reste parfaitement plate lorsque vous dépliez le vêtement. Autre indice : un cachemire neuf n’est que moyennement doux, mais gagne en souplesse et en douceur au fil des lavages.
Essayez différentes tailles pour trouver le bon ajustement : vérifiez notamment la coupe, le tombé du col et le confort des manches. Un sweat-shirt de qualité tombe bien et épouse la silhouette. Le prix reste aussi un bon indicateur : un cachemire vendu à bas coût cache souvent une matière médiocre, voire une contrefaçon. À l’inverse, un sweat-shirt en cachemire de qualité implique un investissement plus conséquent, mais il vous accompagnera longtemps.

